Séjour Tourisme à BITCHE du 13 au 20 Septembre 2025 (3)

par Monique et Jean-Jacques

Le jeudi, après la journée détente de la veille, nous partons avec Roland pour de nombreuses visites culturelles. Nous partons vers l’Alsace du Nord, en empruntant une route qui traverse le camp militaire. Bitche est encore une ville de garnison, le bâtiment de la communauté de commune est une ancienne caserne. Dans la campagne, on voit souvent des vaches highlanders, à demi-sauvages, qui nettoient les fonds de vallées. On est déjà en Alsace, il fait très beau, les maisons sont pimpantes, beaucoup sont achetées par des Allemands. De temps en temps, on aperçoit un château fort en ruines, il y en avait beaucoup et ils ont été détruits par Louis XIV qui avait des vues sur la Lorraine, il a préféré des citadelles de Vauban comme celle de Bitche.

 Le relief est de plus en plus accidenté, le col du pigeonnier (430 m) est connu pour sa course de côte. Klebourg est le dernier vignoble d’Alsace avant la frontière allemande, c’est un petit vignoble qui a sa coopérative où chaque qualité de raisin est vinifiée à part. Nous arrivons à Wissenbourg.

     Stanislas Leszczynski, chassé de son royaume de Pologne en 1709, se réfugia à Wissenbourg. Quand sa fille épousa Louis XV, en 1725, il eut le soutien du roi de France dans les guerres de palais de l’Europe du Nord de l’époque, et s’il ne put retrouver le trône de Pologne, il devint duc de Lorraine (Voir la place Stanislas à Nancy !) et à sa mort la Lorraine revint à la France. Nous prenons un petit train qui serpente dans les rues de la ville : le palais de Stanislas (1719), l’unique tour qui reste de la muraille de la ville, l’Hôtel du Doyen (1752, de style néo-classique, acquis comme bien national à la Révolution et devenu la mairie de la ville), l’église abbatiale Saint Pierre et Saint Paul (du XIIIème, la plus ancienne église gothique d’Alsace avec celle de Strasbourg, elle ne garde de roman que sa tour carrée mais le cloître est resté inachevé), la maison de l’ami Fritz (de style Renaissance alsacienne)… Nous suivons le canal de la Lauter, traversons des vignobles, passons la frontière allemande et l’on fait demi-tour à la Porte des vins. À nouveau, les petites rues de Wissenbourg, avec une belle maison Renaissance (1599), qui illustre la richesse de l’artisanat du XVI ème (il y avait sept corporations dont celles des drapiers et des vignerons étaient les plus importantes) . Encore une maison du XV ème remaniée au XVII ème par le grand-père de Bartholdi, sur le canal, le quai aux bois flottés, l’ancienne église dominicaine, une maison en grès du XV ème, l’église protestante, la première à être réformée en Alsace…. Quand nous descendons du petit train, nous avons un peu de temps libre pour aller voir les lieux que nous avons préférés, ou faire des courses, ou se contenter de la terrasse ensoleillée d’un café.

     Nous repartons pour aller manger un plat alsacien, le baeckeofe, (trois types de viande cuisinés à l’étouffée dans un plat en poterie artisanale), puis nous faisons un arrêt à Uberach dans la distillerie Bertrand  qui suscite de nombreux achats… et nous repartons dans une plaine vallonnée, où l’on voit vignobles, autres cultures et arbres fruitiers à perte de vue. Les choux pour la choucroute sont cultivés plutôt au Sud de Strasbourg. Nous arrivons au musée de la poterie de Betschorf. Une guide agréable nous parle de la technique du grès au sel, qui vient d’Allemagne, dont des villages sont devenus spécialistes ici. Le musée est dans une maison ancienne, le corps de ferme datant de 1718 ainsi que l’indique la date qui est restée gravée avec les initiales du couple des propriétaires. À côté, une maison sans crépi laisse voir la construction du torchis. Les colombages blancs étaient réservés aux protestants, les bleus aux catholiques (bleu, couleur mariale), les verres des fenêtres arrondis de telle sorte que l’on voyait l’extérieur de l’intérieur mais pas l’inverse. Le musée a reconstitué un ancien atelier, la vidéo est très explicite, et le reste du bâtiment est en audio-guide.

     Au retour, nous traversons des champs d’asperge, mais nous sommes sur les anciens champs pétrolifères alsaciens. Le pétrole est enfermé dans des couches de schiste, on a construit des puits semblables à des puits de mine coupés par des galeries où le pétrole s’écoulait dans un caniveau et puis était pompé jusqu’à la surface. Cette exploitation existe depuis le Moyen-Âge et à perduré jusqu’en 1960. La route passe au-dessus d’une galerie, il y a 400 km de galeries à cet endroit, mais aussi des stations thermales d’eau chaude. Plus loin, c’est un ancien village de sabotiers, ceux-ci étaient encore une trentaine avant la guerre, il n’en reste qu’un. Riche journée !

Le vendredi, nous retrouvons Nathalie pour aller compléter notre savoir sur le « pays du verre ». La tradition de la verrerie est ici très ancienne, on a vu chez le graveur que les conditions y étaient réunies. Mais à côté de la verrerie artisanale, il a aussi des usines, en particulier à Meisenthal (la vallée des mésanges) où l’on a installé un musée du verre dans une usine désaffectée. La verrerie avait été fondée en 1704 et elle a fait faillite en 1979. Le site est devenu une friche industrielle, et une association l’a réhabilité.

 

Le musée du verre occupe le bâtiment le plus ancien, qui date donc du XVIII ème. C’est une ancienne taillerie avec de grandes fenêtres pour laisser entrer la lumière, dont on a fait un centre international d’art verrier où se mêlent tradition et création. Deux bâtiments sont consacrés à la matière première (jusqu’en 1979 un train y arrivait pour fournir le nécessaire à 650 employés, ils sont maintenant 15). La grande halle qui comportait 4 fours de fusion a été transformée en salle de spectacle. Sous la halle passe le ruisseau des mésanges. La boutique est à l’emplacement de l’ancien atelier de décoration. La réhabilitation a fait l’objet d’un concours d’architecte, ont gagné un cabinet de New York et un de Paris, et c’est une réussite, terminée en 2022.

     La visite du musée est passionnante. Nous apprenons qu’il n’y a que deux lycées techniques en France qui ont la spécialité verrerie, et ce sont Cherbourg et… Jean Monnet à Moulins ! La technique est arrivée ici au XIII ème siècle, venue de Bohême, et toutes les matières premières sont présentes : la silice dans le grès des Vosges, la potasse dans les cendres de fougère, le bois, la chaux, le minium de plomb pour le cristal. Les outils, les techniques, les moules, tout est détaillé, mais le parcours le plus beau est celui de l’exposition de verrerie d’art, dont des pièces d’Emile Gallé à partir de 1860 en plein Art Nouveau. Il faut se détacher des vitrines pour rejoindre l’atelier de création des souffleurs de verre, nous sommes sur une galerie qui permet de voir les artisans à l’étage au-dessous (sans risque d’être près du verre en fusion) qui nous expliquent leur travail tout en façonnant une boule de Noël. Le 6 novembre, la nouvelle boule de l’année sera dévoilée par un designer, il y a des collectionneurs de ces objets.

     L’après-midi, nous repartons en traversant à nouveau paysages « fermés » (forestiers) et « ouverts » (cultures) pour rejoindre une brasserie artisanale à Uberach. Nous sommes dans le Bas-Rhin (Colmar), le Haut-Rhin (Strasbourg) commence à Sélestat. À l’horizon, nous voyons la Forêt Noire. Dans les villages, l’église (si elle est unique) est « simultanée », elle sert aux deux cultes, protestant et catholique. On récolte le houblon en même temps que les vendanges.

     À la brasserie, nous prenons place d’abord dans une salle aux belles tables carrées en bois, ajourées et recouvertes d’un plateau de verre. Au mur, le texte du brevet de Pasteur qui a découvert un « mode nouveau de procédé de fermentation » sans contact à l’air, à Clermont-Ferrand, déposé le 16 juin 1871. Les brasseurs se multiplient en France depuis 10 ans : nous sommes les plus petits consommateurs de bière mais nous avons le plus grand nombre de brasseries. L’Alsace reste la première région brassicole parce qu’elle a des brasseries industrielles et très peu de brasseries artisanales (une centaine), la région Auvergne-Rhône-Alpes est la première en nombre de brasseries artisanales !

     Comment fabrique-t-on la bière ? Les matières premières sont l’eau (ici, très bonne, sans chlore ni calcaire), l’orge, (le malt est de l’orge germé dont on stoppe la germination. Grillé, il est coloré et permet les différentes sortes de bières : les bières blanches sont faites avec du malt de blé, les bières brunes avec du malt de blé grillé), le houblon (c’est l’épice de la bière, qui donne amertume et arômes. Il est de la famille du cannabis mais non hallucinogène, il fait dormir ; il fait des lianes qui poussent sur des tuteurs, on le récolte en automne et il regrimpe au printemps sur les tuteurs), et du gaz carbonique. On passe dans l’atelier où l’on nous explique les différentes étapes de la fabrication. Le « gâteau » de graines est envoyé dans les fermes pour nourrir le bétail quand les graines ont servi après la fermentation, il faut une semaine pour dégrader le sucre et on met en bouteille et en chambre chaude pour une deuxième fermentation. On ne filtre pas (à la différence des brasseries industrielles) et la levure de bière est ainsi plus efficace, mais il vaut mieux récupérer le fond de la bouteille…

     Les questions : Qu’en est-il de la bière sans alcool ? On chauffe pour évaporer tout l’alcool et on rajoute beaucoup de sucre. De la bière tourbée ? Elle est chauffée sur tourbe. Le whisky ? Il a les mêmes composants que la bière, on fait une bière sans houblon et on distille.

Nous revenons dans la salle et dégustons plusieurs sortes de bières…

Le soir, c’est le pot de CBN avec guides et personnel du VVF, le lendemain il faut repartir. Ce furent beaucoup de découvertes inattendues, et toujours avec la gentillesse de chacun (nous nous sommes adaptés aux changements de dates !), la bonne humeur de tous (les repas étaient particulièrement joyeux), et par dessus tout la disponibilité et la conduite confortable de Thomas. Merci à tous.