Musée Néandertal et Curemonte, 14 juin 2026, journée découverte (2)
par Monique et Christine P.
Après un bon repas pas du tout néandertalien, nous partons dans la campagne corrézienne pour Curemonte, où nous attend une guide qui nous précise que l’on ne s’arrêtera qu’à l’ombre, tant il fait chaud ! La première mention du village date de 860, où « Curiamontis » signifie « le domaine de la montagne ».
Nous sommes en effet sur une butte, en bas de laquelle un fossé l’isole de l’arête rocheuse. Le lieu est sous la juridiction des vicomtes de Turenne qui n’ont pas d’autre suzerain que le roi de France et qui battent leur propre monnaie. Curemonte devient une ville importante et prospère en particulier pendant les croisades, et sa particularité est d’être administrée par une co-seigneurie, où il y a trois châteaux, trois églises, trois fontaines ! En 1240, il y a eu jusqu’à six co-seigneurs…
Il reste deux châteaux de cette époque et le château de Place du XV ème. Cette dernière famille seigneuriale grignote les autres châteaux à l’époque de Jean de Place, ambassadeur de Louis XII en Ecosse. En 1777 demeurent deux châteaux qui totalisent 44 pièces. Au XVI ème et au XVII ème, de nombreux notables sont attirés par les Turenne, la ville est riche du commerce du chanvre et du tabac. Le XVII ème siècle est son âge d’or.
Les co-seigneurs se partagent la ville au gré des conquêtes, mariages, négociations, donations. Ce sont des gens d’armes, sauf lorsqu’une religieuse devient co-seigneur, on l’appelle « la grande dîmeresse » qui a le droit de lever la dîme. En 1534, un des seigneurs du moment creuse une porte de son château à l’église, au grand dam des autorités religieuses. Il y a bien trois églises, Saint Hilaire, l’église romane du V ème siècle, Saint Geniest au très beau retable, et l’église castrale, Saint Barthélémy.
Le village (Curemonte est maintenant un village) est sur le 45 ème parallèle. Près de la halle, un fût de Croix roman est sculpté de 12 scènes de la vie du Christ qui font penser au tympan de Carennac. En 1825, après la mort de la dernière marquise de Place, le château est acquis par Robert de Jouvenel, beau-père de Colette. Les derniers propriétaires restaurent le château.
Notre dernière étape est dans le village,…et s’appelle Lou Pé del Gril, le « pied du grillon ». Nous nous installons sur des bancs à l’ombre d’un grand arbre, bienvenue après le soleil écrasant des rues anciennes. François va nous dire comment sa famille a eu l’idée de proposer des produits inattendus. La ferme familiale exploite 30 à 35 ha pour élever du veau sous la mère. Mais en 1995 survient la crise de la vache folle et l’abattage des bêtes met en danger l’exploitation, il faut trouver un autre revenu pour maintenir la ferme. On sait faire ici de l’apéritif de fleurs de pissenlit qui couvrent les prés au printemps. Mais la fleur de pissenlit n’est pas encore répertoriée par les services d’hygiène alimentaire, il faut attendre 2000 pour qu’elle soit déclarée apte à la consommation. La famille écoule sa production d’apéritif, tisane, boutons de pissenlit préparés comme des câpres, tige qui peut entrer dans la composition du latex (en particulier pour les pneus). Cet apport a permis à la ferme de passer les années difficiles, en diversifiant ses activités traditionnelles ruinées par une crise extérieure. Cela n’a pu se faire que grâce à une grande cohésion familiale et un travail important, même si certains membres de la famille ont aussi un emploi extérieur. La cueillette à la main des fleurs de pissenlit représente un travail qui réunit beaucoup de personnes fin mars début avril, mais c’est l’histoire d’une reconversion intéressante.
Nous goûtons les produits, et montons dans le magasin qui les propose avec d’autres spécialités de la région. Le village est classé troisième village plus beau de France de cette région, après Collonge la Rouge et Turenne : les touristes s’y arrêtent volontiers et les produits sont assez originaux pour que s’écoule la production.





