L’Asie au cœur du bocage, 25 avril 2026 (1)
par Monique et Christine M.
L’Asie au cœur du bocage, le libellé est un peu mystérieux : nous partons par une très belle journée prêts à se laisser surprendre par la découverte de lieux insolites, pourtant proches, dans l’Allier. Nous prenons d’abord l’autoroute, et puis de toutes petites routes (où la conduite souple de Thomas est toujours aussi confortable) dans un paysage bucolique de printemps, d’habitat dispersé dans la verdure.
À Noyant d’Allier, il faut rejoindre l’ancienne gare où la voie ferrée a été réaménagée pour accueillir un vélo-rail. Le propriétaire des lieux nous explique le fonctionnement des engins et du retournement au bout du circuit, le code à respecter sur le trajet, les consignes de sécurité : tout cela paraît bien compliqué …
… mais nous nous répartissons dans les « vélos », les volontaires au poste des pédales, les autres calés dans des sièges profonds. La pente est descendante et paraît légère, les vélos se suivent facilement, s’arrêtent aux passages à niveaux, nous longeons le site bouddhique, des corons, nous sommes dans le bois puis sur un petit viaduc et malgré le bruit sur les rails, on entend des chants d’oiseaux… Et l’on arrive au point de retournement. La manœuvre n’est pas si compliquée, tout le monde s’en sort bien, les derniers arrivés sont maintenant en tête, quelques changements de pédaleurs… et les vélos vont moins vite ! C’est que nous sommes maintenant en montée, et malgré l’assistance électrique, ce n’est pas si facile ! Et pourtant, tout le monde arrive joyeusement à bon port, ravi de cette petite escapade un peu insolite.
Le repas est « au Petit d’Asie », nous avons déjà vu une pagode et nous en sommes tout près.
L’accueil est chaleureux et, à peine installés au restaurant, une dame nous explique la raison de la présence de cette communauté asiatique dans ce coin reculé de l’Allier.
Mais nous aurons d’autres précisions après le repas, celui-ci est bon et ne manque à aucune petite attention d’un restaurant asiatique tenu en famille. Sitôt terminé, nous allons vers le site bouddhique proche que nous avions aperçu le long du vélo-rail. C’est un vaste parc où l’allée d’entrée est bordée de statues blanches, de multiples autres statues sont disséminées autour d’une immense statue dorée de Bouddha, au fond il y a un temple dit « la pagode ». Bientôt, une dame vient vers nous et nous propose une introduction à la visite libre qui suivra. Ses explications reprennent celles de la restauratrice, amplement complétées par son expérience personnelle et une présentation du bouddhisme dont un sanctuaire se trouve en ces lieux.
Pourquoi donc cette présence de nombreux réfugiés asiatiques, et une pagode à Noyant d’Allier, au cœur du Bourbonnais dans une région essentiellement d’élevage ? Le village de Noyant comptait entre 700 et 800 habitants mais à la fin du XVI ème et au début du XVII ème déjà, des documents signalent que l’on utilise du charbon que l’on trouve en surface. L’exploitation minière industrielle ne se fera qu’au XIX ème siècle, sans participation de la population locale. À cette époque, ce sont des ouvriers polonais et ukrainiens volontaires, qui viennent travailler à la mine dès que l’on a édifié le premier chevalement du puits principal. Il faut les héberger, la société qui exploite le site, sorte d’équivalent des Charbonnages de France du Nord, construit des corons. En 1905, il y a 243 logements, mais la mine, peu rentable, ferme en 1943. Les mineurs vont travailler vers d’autres puits et les corons se vident.
Mais après la guerre, la France perd ses colonies d’Indochine, Viêt-Nam, Cambodge, Laos, après la défaite tragique de Diên Biên Phu, il faut rapatrier beaucoup de ressortissants français, fonctionnaires surtout (armée, enseignement, administrations…) dont certains ont épousé des vietnamiennes, laotiennes, cambodgiennes, et ils n’ont pas toujours une famille en France qui peut les accueillir. À Noyant, les corons sont libres (même s’il faut les réaménager) et les premiers rapatriés arrivent en 1955, d’autres seront logés dans le Lot-et-Garonne.
Notre guide, fille d’un militaire français et d’une vietnamienne, est arrivée à 4 ans, après 26 jours de bateau et un passage dans le Morvan, alors qu’elle n’avait jamais connu de nos hivers… De 650 habitants, le village passe rapidement à 1500 et bientôt à 2200 avec les réfugiés indochinois. Quelques familles travaillent dans la région jusqu’en 1945, la mairie leur a revendu les corons. Ce petit noyau est composé de familles pour la plupart catholiques, on va à l’église, mais à la maison, on a un petit autel consacré à Bouddha. Pourquoi n’y aurait-il pas une pagode ? Parmi les premiers rapatriés une jeune fille de 17 ans, parfaitement bilingue, sert d’interprète et devient secrétaire de mairie. Elle crée une association de bouddhistes qui obtient un terrain en friche (avec un bail de 99 ans) qui avait été un lieu de jardins ouvriers lors de l’exploitation de la mine. L’association s’emploie à défricher le terrain, il faut alors trouver un Vénérable, ce sera un moine de la région parisienne. La première pierre de la pagode est posée en 1982 et la pagode est érigée en 1983 uniquement avec des dons des fidèles. Et puis, de don en don, on construit tout ce qui est dans le parc : la statuaire est progressive, parfois en marbre du Viêt-Nam transporté par bateau (les lions par exemple), parfois sculptés sur place comme le Bouddha doré qui vient juste d’être restauré.








